CHAPITRE .VI.
Comment le nom fut imposé à Gargantua ;
et comment il humait le piot.
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Le bonhomme Grandgousier, beuvant et se rigollant avec les autres, entendit le cri horrible
que son fils avait fait entrant en lumière de ce monde,
quand il brâmait demandant
ABOIRE ! ABOIRE ! ABOIRE !
Dont il dit, que grand tu as, supple le gousier.
Ce que oyant, les assistants dirent que vraiment il devait avoir par ce le nom
Gargantua, puis que telle avait été la première parole de son père à sa naissance,
à l'imitation et exemple des anciens Hébreux. A quoi fut condescendu par icelui, et plut
très bien à sa mère.
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En cet état passa jusques à un an et dix mois, on quel temps par le conseil des medicins
on commença le porter, & fut faite une belle charette à boeufs par l'invention de Jean Denyau,
et là dedans on le promenait par ci, par là, joyeusement, et le faisait bon voir, car il
portait bonne trogne, et avait presque dix et huit mentons; et ne criait que bien peu,
mais il se conchiait à toutes heures, car il était merveilleusement phlegmatique des fesses,
tant de sa complexion naturelle, que de la disposition accidentale qui lui était advenue
par trop humer de purée Septembrale. Et n'en humait goutte sans cause. Car s'il advenait qu'il
fut dépit, courroussé, fâché, ou marri, s'il trépignait, s'il pleurait, s'il criait, lui
apportant ABOIRE l'on le remettait en nature, et soudain demeurait coi et joyeux.
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GARGANTUA
La vie inestimable du grand Gargantua, père de Pantagruel,
Jadis composée par l'Abstracteur de quinte essence - Livre plein de Pantagruelisme -
M. D. XXXV. - On les vend à Lyon chès François Juste, devant Nostre Dame de Confort.
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