|
Bonjour à tous,
je souhaitais vous faire part de deux dégustations récentes (vendredi et
samedi derniers) auxquelles j'ai participé.
La première, très intéressante et tout de même un vrai privilège, fut la
dégustation du millésime 98 au Domaine Raveneau à Chablis en compagnie de
Jean-Marie Raveneau, fils de François.
Nous avons dégusté dans l'ordre, directement au fût dans la cave, les
climats suivants :
- La Forêt
- Butteaux
- Montée de Tonnerre
- Blanchot
- Valmur
- Les Clos
Après cette superbe dégustation, nous avons cloturé la matinée en apothéose
avec une Montée de Tonnerre 82 et Les Clos 69.
Impression sur Jean-Marie Raveneau, un homme très très modeste et humble,
absolument pas grisé par la présence de ses vins sur de nombreuses cartes de
grands restaurants.
Ensuite, pour qui a la chance de repartir avec un petit peu de vin de chez
lui, les prix sont étonnament doux, pas supérieurs à ceux de la Chablisienne
par exemple, au contraire.
Pour les vins, ils sont superbes, très typés Chablis, minéral, très "pierre
à fusil", certains (grands crus surtout) encore fermés.
Le millésime 98 n'aura pas un potentiel de garde très important mais
permettra de patienter pour boire 96 par exemple.
A la dégustation, très nette différence, de concentration, de complexité, de
finesse entre La Forêt et Butteaux d'un côté et Montée de Tonnerre et les 3
grands crus de l'autre. autant les premiers sont déjà assez ouverts, presque
guillerets autant les suivants pour culminer avec les Clos sont encore
fermés, austères, caractéristique fréquente dans ces climats et surtout chez
Raveneau dont les vins même dans les millésimes de second plan évoluent très
lentement.
La Montée de Tonnerre commence à s'ouvrir un tout petit peu, Blanchot et
Valmur sont encore fermés et les Clos sont même totalement cadenassés. On
sent pourtant un énorme potentiel derrière cette austérité de jeunesse et
une complexité remarquable.
De très grands vins, même en 98.
Pour les deux bouteilles, elles furent exceptionnelles. La Montée de
Tonnerre 82 était magnifique, complexe, d'une grande longueur avec toujours
ce côté très minéral et un peu austère.
Le Clos 69 est une bouteille quasi introuvable aujourd'hui. Et c'est dommage
car de l'aveu de François Raveneau, ce vin est resté complètement fermé
durant des années et même il avait peur que jamais il ne se dévoile. Puis,
au début des années 90, il a commencé à se montrer pour afficher aujourd'hui
une jeunesse étonnante, une complexité inouie. Un très grand vin.
A suivi un repas au restaurant La Beursaudière à Nitry (près de l'A6),
établissement très agréable avec une cuisine classique avec une touche
d'inventivité qui lui donne beaucoup de charmes, une très belle carte des
vins et des cafés (pour les amateurs) et une ambiance chaleureuse, un
service rapide et agréable. Enfin, dernière bonne surprise, une addition
très raisonnable.
Autre dégustation, organisée en partie par mes soins, une petite dégustation
entre simples amateurs pour comparer quelques Champagnes Bruts sans Année,
histoire de faire perdre définitivement au gens la sensation que plus une
maison de Champagne est connue meilleurs sont ces vins.
8 Champagnes bruts, servis à la suite mais dans des verres différents pour
permettre à chacun de conserver un peu de chacun pour pouvoir y revenir par
la suite.
Ordre de service tiré au sort. service bouteille entièrement cachée biensûr.
12 personnes de 24 à 65 ans, moitié homme moitié femme, en immense majorité
n'habitant pas la Champagne et non professionnels du vin.
La sélection a été faite également par tirage au sort parmi une présélection
rassemblant la quasi totalité des bruts sans année connus du marché (limité
aux négociants et coopératives pour rester dans des modes d'élaboration
voisins)
Servis dans l'ordre :
1/ Jacquart Brut
2/ De Castellane Brut Croix Rouge
3/ Laurent Perrier Brut
4/ Louis Roederer Brut Premier
5/ Moët & Chandon Brut Impérial
6/ Veuve Clicquot Ponsardin Carte Jaune
7/ Palmer & C[infinity] Brut
8/ Bollinger Special Cuvée
En conclusion, Moët & Chandon finit 11 fois sur 12 dernier et une fois avant
dernier, De Castellane, 1 fois dernier et 11 fois avant dernier.
Pour les premiers, net avantage pour Bollinger qui finit 10 fois premier 1
fois deuxième et 1 fois quatrième. Puis Palmer 1 fois premier, 6 fois
deuxième, 3 fois troisième et 2 fois quatrième.
Roederer 1 fois premier, 5 fois deuxième, 5 fois troisième et 1 fois
quatrième.
Laurent Perrier 7 fois quatrième, 1 fois cinquième et 4 fois troisième.
Jacquart 12 fois sixième.
Veuve Clicquot 11 fois cinquième et 1 fois quatrième.
En dehors des stats, les gens outre le classement devaient indiquer leur
degré de volonté d'acheter ce Champagne 1/ tout de suite 2/ oui certainement
3/ peut-être 4/ non
Jusqu'à la quatrième place (pour 9 personnes) et cinquième (3 personnes) on
est à 1/ ou 2/
Ensuite 3/ et très vite 4/
A la dégustation, Bollinger comme toujours dans son style que l'on peut ne
pas aimer, bien charpenté, complexe, long, un grand Champagne
malheureusement et logiquement beaucoup plus cher que les autres.
Roederer dans un style tout à fait différent, agréable, tout en finesse,
très léger (trop). Un beau Champagne que certains pourraient qualifier de
féminin. Bulles très fines.
Palmer, dans un style très harmonieux tire très bien son épingle du jeu à
l'aveugle et remarquablement eu égard à son prix (autour de 100/105 francs).
Très équilibré, vif, pas trop dosé, long en bouche, bulles fines.
Laurent Perrier confirme après quelques années plus difficiles son retour au
tout premier plan sur l'ensemble de sa gamme, y compris le brut. Bien
équilibré, pas trop dosé, beaucoup de finesse. Une grande réussite eu égard
aux volumes commercialisés.
Veuve Clicquot, sans défaut, on est déjà dans un style beauoup plus
passe-partout, plus standard. dosage un peu plus important, finalement sans
défauts ni vraies qualités.
Jacquart, plus standard, moins délicat, pas très agréable, bulles moins
fines, une cuvée très standard.
De Castellane, on rentre dans les cuvées qui posent davantage problème.
Outre le côté standard et sans réel charme, cette cuvée présente des goûts
pas très agréables en particulier une amertume en fin de bouche et une
acidité désagréable perceptible malgré un dosage généreux.
Moët & Chandon, le Champagne le plus bu au monde, malheureusement. Le plus
mal jugé de la dégustation, un dosage très important, laissant une bouche
pateuse et une impression de sucré et de lourdeur peu agréable. Le dosage
très fort (sans doute 14g/l voire plus) n'est certainement pas là par hasard
et ce qui est rare, pourtant j'en ai bu très peu, je bois souvent du
Champagne et je sui peu sujet aux maux de tête, il m'a laissé un mal de tête
conséquent. Une catastrophe, quand on sait que la plupart des gens achètent
aveuglément du Moët en pensant que c'est ce qui se fait de mieux et surtout
que si ça ne leur plait pas, c'est certainement car ils ne sont pas en
mesure de l'apprécier (j'ai déjà entendu cela).
Voilà, désolé d'avoir été si long.
Bon après-midi. Bien amicalement à tous.
Pierre-Yves CAINJO.
|