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LINDEN (Etats-Unis), 29 août (AFP) - Alors que les fermiers serrent les
dents, les vignerons de Virginie arborent un sourire prudent. La
sécheresse qui frappe durement les céréaliers et éleveurs de bétail pour
la troisième année consécutive est, pour les viticulteurs de l'Etat, un
don du ciel.
"Jusqu'à maintenant, la récolte s'annonce excellente, tant que la pluie
ne se montre pas", annonce John Fitter, le maître de chais de Piedmont
Vineyards and Winery, une exploitation nichée dans le paysage bucolique
et vallonné de cette région agricole de l'est américain.
Alors que le comté de Fauquier, dans le nord de la Virginie, est en
attente de classement comme zone de désastre naturel, annonce la gazette
locale, le Fauquier Times-Democrat, la même rubrique relate que Piedmont
vient de décrocher à Londres une médaille d'or à l'International Wine
Challenge pour sa réserve spéciale 1997.
"Notre Chardonnay était en compétition avec 1.130 autres pour gagner
l'une des 27 médailles d'or", précise John Fitter. A 29 ans, il est
chargé des 10 hectares de cette exploitation pionnière du établissement,
en 1973 avec des pieds de Chardonnay, de cépages européens de qualité
(Vinifera), disparus à l'époque de la Prohibition.
Si son Sémillon ou Cabernet Franc aime le soleil, il craint l'humidité
excessive qui caractérise le climat estival de la région. "C'est notre
premier problème pour le raisin, à cause des champignons parasites, dont
le traitement est coûteux".
Pour l'oenologue de l'Etat, le Dr Bruce Zoecklein, cette vague de
chaleur est "bénéfique à plus d'un titre. Elle réduit la taille des
grains, ce qui élève la concentration des trois composants essentiels :
l'arôme, la saveur et la couleur".
Selon lui, cette récolte, la sixième en volume aux Etats-Unis, devrait
être "bonne", justifiant à ses yeux le commentaire de la revue réputée,
le Wine Spectator, qui qualifiait dès 1992 la Virginie de "nouvelle
région viticole la plus prometteuse en Amérique".
Jim Law, le propriétaire de Linden Vineyards, une exploitation juchée à
flanc de coteaux, au pied de Blue Ridge Mountain, n'avait pas attendu
cette révélation pour s'établir au bout d'une route sinueuse noyée sous
les frondaisons, dominant une vallée boisée et un maigre cours d'eau.
Originaire de l'Ohio, ce barbu de 44 ans au regard fiévreux -- il a
commencé sa première vendange il y a trois jours -- se présente comme
l'"un des rares Américains élevés avec du vin sur la table", grâce à un
père amateur.
Il a appris son métier sur le tas, mais consacré de gros moyens, avec
l'aide des banques, à l'établissement d'un chais modèle, avec cuves
réfrigérées et barriques de France.
Comme chez ses collègues, le mot de "terroir" tient une place d'honneur
dans son vocabulaire. "Il faut beaucoup de temps pour le comprendre",
admet-il volontiers.
Sous l'égide du Dr Roecklein, les producteurs de la région se réunissent
ainsi régulièrement dans des séances de dégustation à l'aveugle, aux
cours desquelles ils échangent conseils et recommandations.
"Nous sommes une industrie naissante, cela permet à tous d'apprendre le
métier plus vite. Si mon voisin produit un vin médiocre, c'est notre
réputation qui en souffre", explique Jim Law.
De 35 exploitations recensées dans l'Etat en 1987, on est passé
aujourd'hui à 54. Bon nombre donnent un "goût de terroir" à leur
production, en offrant à leurs visiteurs l'alliance des saveurs de leurs
vins à celles de produits locaux. Le domaine Prince Michel, propriété
d'un Français, dispose d'un restaurant à demeure.
Jim Law, lui, sert sur place son Sauvignon blanc avec du fromage de
chèvre... de Virginie.
[Hanan]
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