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L'étonnante saveur des vins romands
Une nouvelle génération de vignerons émerge, qui acclimate les cépages
inédits, explore les modes de vinification, pousse jusqu'à l'orfèvrerie
le travail en cave. Quatre itinéraires de dégustation pour découvrir ces
joyaux rares.
C'est un peu le syndrome de l'enfant que l'on n'a pas vu grandir. On le
croit bébé naïf, on le découvre subitement Prix Nobel en puissance. Le
regard, ou plutôt le palais, tourné vers la Toscane, le Bordelais ou la
Bourgogne, on en est venu à négliger les vins d'ici. A les considérer
avec un brin d'arrogance comme des boissons sympathiques, voire
diurétiques, breuvages rapidement vinifiés et aussitôt séchés sur le
zinc d'un comptoir ou autour d'un caquelon.
Grave erreur.Le vignoble romand a changé, il ne cesse de changer. Les
bons crus ne sont d'abord plus le seul fait d'une élite, petite
aristocratie juchée sur des trônes nommés Dézaley ou Chamoson. Formées
dans les écoles, revenues de stages sur les vignobles étrangers,
ouvertes au monde et à ses goûts variés, de nouvelles et jeunes
générations ont repris en main les parcelles familiales ou parfois créé
un nouveau domaine, cela dans tous les cantons romands. En résulte un
changement de philosophie. Voici une génération qui s'éloigne du vin
d'agriculteur et se rapproche du vin d'oenologue.
L'ère du zapping Il n'y a pas que les vignerons qui voyagent. Les
consommateurs et les liquides aussi sautent allègrement les frontières.
Le vin suisse se voit concurrencer par des bouteilles venues des
Etats-Unis, du Chili, d'Australie et les amateurs apprécient désormais
les bouquets des chardonnays ou des cabernets d'outre-mer.
´Il y a désormais une forme de zapping entre les vins. Les gens sont
moins fidèles qu'autrefois à un seul producteur', note le vigneron
genevois Laurent Villard. ´Les gens boivent moins et surtout
différemment, ajoute l'oenologue Jacques Perrin, du club romand le CAVE.
Le vin n'est pas uniquement une boisson désaltérante, mais un produit
culturel, chargé d'images, de rites et de symboles. Cette dimension est
essentielle et doit être préservée si l'on veut qu'au prochain
millénaire on boive encore du vin.'
Devant cette nouvelle donne, la vigne romande cherche son salut dans les
spécialités, ces cépages plus ou moins rares ou exotiques que l'on
cultive sur un petit lopin. D'autres expérimentent de nouvelles méthodes
de vinification. Nombreux sont ceux qui ont désormais le souci du
rendement limité, garant d'un raisin (donc d'un vin) de qualité
supérieure.
C'est ainsi que la Suisse romande déguste désormais de la syrah, du
findling, de la petite arvine, du pinot blanc, du sauvignon, du gamaret,
du diolinoir, en tout pas moins de 30 cépages différents cultivés sur un
territoire longtemps dévolu au roi chasselas (le blanc) et à ses vassaux
rouges gamay et pinots noirs. Lorsqu'un cépage file un amour parfait
avec son terroir, il serait suicidaire de le changer. Mais lorsqu'un
vignoble cherche une nouvelle identité, une réputation, tel celui de
Genève, il est alors bon d'expérimenter.
´En Valais, les spécialités ont apporté une réputation à tout le
vignoble, dont bénéficient même les vins courants', note Jacques Perrin.
´Elles ont également un effet d'entraînement. Elles poussent les
vignerons à se dépasser, à améliorer leurs vins', estime Laurent
Villard.
Le résultat s'affiche désormais dans les concours internationaux où les
vins d'ici se frottent, avec succès souvent, aux vins étrangers. Il se
lit également dans le guide Hachette, bible française du vin, où les
vins valaisans, vaudois, mais aussi genevois et neuch'telois, sont
déclarés ´coup de coeur'.
Très rare et très cher Va-t-on bientôt boire du vin suisse de Tokyo à
New York? ´Le vignoble romand se divise avant tout en petites
exploitations, juge Jacques Perrin. Minuscules, situées sur des terrains
parfois impossibles comme à Lavaux ou en Valais, elles sont peu
mécanisées et nécessitent beaucoup de travail, donc coûtent cher. Le vin
suisse sera toujours trop coûteux ou trop rare pour concurrencer les
grands domaines américains, français ou italiens.'
Reste le marché intérieur et un mode de vente resté éminemment
traditionnel: frapper à la porte d'un vigneron, goûter et discuter.
Quand le vin est bon, que souhaiter de mieux?
Thierry Sartoretti
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